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Le besoin de se connecter aux autres, l'addiction vue de l'addict et la place du conjoint / entourage dans l'addiction : revue du livre Prodependence de Robert Weiss (2018) : Partie 1

Publié le 01/04/2019 18:12:32
La revue du livre Prodependence de Robert Weiss (2018) se découpera en 3 parties : le besoin de se connecter, la compréhension de l'addiction du point de vue de l'addict et la place du conjoint et entourage dans l'addiction.

Cet article vous présente Robert Weiss et abordera la première partie : le besoin de se connecter.

A propos de Robert Weiss

Robert Weiss se présente comme un spécialiste du sexe à l'ère du numérique, de l'intimité et des relations interpersonnelles.
Son parcours éducatif comporte un Master en travail social et un bachelor en sciences.

Un aperçu de son expérience professionnelle :
  • Président de l'entreprise Seeking integrity (2017-aujourd'hui) :
    • développement du site sexandrelationshiphealing.com : site de ressources et webinar hebdomadaire sur les désordres sexuels et intimes.
    • création de programmes pour les désordres sexuels et d'intimité.
    • création et implémentation de programmes dans les organismes (pour résident et externes) de traitement d'addictions sexuelles
  • Vice-président de cliniques de développement à Los Angeles and Malibu, CA, Dallas, TX, et Nashville.
  • Fondateur de The Sexual Recovery Institute (1995-2015) : consultation en externe pour les patients atteints d'addiction sexuelle, addiction amoureuse et pour les délinquants sexuels.
  • Expert en addictions sexuelles et affaires de délinquants sexuels à la cour (2003-aujourd'hui).

Plus de précisions sur son parcours.

Livres :
  • Out of the Doghouse for Christian Men: A Redemptive Guide for Men Caught Cheating
  • Sex Addiction 101 : a basic Guide to Healing from Sex, Porn and Love addiction
  • Always turned on : Sex addiction in the Digital age

Blogs :

Le besoin de se connecter aux autres

Les êtres humains sont faits pour vivre ensemble, pas tout seul.
Cet héritage nous vient des comportements très anciens dans l'histoire de notre espèce : chasse en groupe, les autres personnes se tiennent au chaud dans leur cave, entretiennent le feu et cueillent de quoi manger.

De part ces habitudes millénaires, notre cerveau a évolué pour encourager les relations interpersonnelles.
Nous naissons dépendant pour un abri, de la nourriture, un support émotionnel (amour) et cela ne change pas en grandissant.
A l'adolescence, nous nous détachons de nos parents pour se lier avec des pairs (amis, collègues) et éventuellement des conjoints.

La connexion avec les autres est liée à plusieurs facteurs :
  • génétique : certains traits de personnalité sont hérités et affectent le comportement, sensibilité à la dépression, anxiété, addiction. Ils influencent le degré de confort avec la connexion, attachement et dépendance.
  • environnement social : parents, milieu social, groupe ethnique : les expériences apprises dans ces environnements influencent la personne tout au long de sa vie.
  • environnement technologique : importance des connexions sur Internet élevée pour les nouvelles générations. La technologie peut être utilisée pour se connecter ou pour interagir sans être vulnérable.
  • genre : les femmes sont plus dans l'empathie et se tournent plus vers les autres à la différence des hommes. Le degré de confort dans l'attachement intime est plus faible chez les hommes.

La recherche (1, 2, 3) montre que les personnes isolées souffrent émotionnellement et physiquement.
Ceux qui développement et maintiennent des relations interpersonnelles ont tendance à être plus heureux, résilient et vivent plus longtemps.
Cela montre que les connexions émotionnelles intimes sont essentielles dans la vie au même titre qu'un toit, de la nourriture ou de l'eau.

Ce désir de connexion avec les autres ne diminue pas juste parce que la personne qu'on aime est empêtrée dans une addiction ou un problème sérieux.
Par son expérience de la thérapie, Robert Weiss voit une grosse différence entre favoriser / tenter de contrôler l'addiction VS continuer à aimer et prendre soin malgré les aléas de la vie : aimer en prenant soin de façon saine et efficace est très aidant pour l'addict et le conjoint.

L'auteur évoque ensuite 3 expériences faite à propos de l'attachement intime et des conséquences sur l'enfant :

L'expérience de John Bowlby et Mary Ainsworth dans les années 40/50 sur les orphelins de la Seconde Guerre mondiale.


Ils arrivèrent au constat que les orphelins avaient des problèmes de développement par rapport aux autres enfants, ils posèrent l'hypothèse que le développement de connexions émotionnelles est important pour la survie.
Ils en arrivèrent à déterminer les 4 comportements d'un attachement sain :
  • maintenir et superviser un contact physique avec les personnes qui nous aiment / prennent soin de nous.
  • nous allons vers ces personnes quand nous sommes bouleversés et contrariés.
  • les personnes qui prennent soin de nous nous manquent quand nous sommes éloignés d'elles.
  • nous comptons sur ces personnes pour être présentes une fois que nous grandissons et allons à la découverte du monde.

L'expérience The strange situation de Mary Ainsworth dans les années 70.


Par intermittence, on laisse un enfant dans une pièce avec sa maman, puis tout seul puis avec un inconnu, etc...la maman revenant et repartant plusieurs fois.

Résultats : les enfants étaient tout le temps contrariés quand la maman quittait la pièce.
Certains se calmaient rapidement et se reconnectaient vite avec la maman, quand elle revenait dans la pièce.
D'autres moins résilients étaient plus contrariés et avaient des difficultés à se reconnecter avec la maman : ils semblaient moins confiants que la maman serait là quand ils en auraient besoin.

Ils remarquèrent que les enfants les plus résilients avaient les mamans les plus rassurantes et réactives émotionnellement et inversement pour les enfants les plus contrariés.

Regarder le déroulement de l'expérience en vidéo

Pour confirmer cette théorie de l'attachement, l'auteur évoque l'expérience sur les singes de Harlow Harry dans les années 50 (4)


Il proposait aux singes séparés de leur mère dès leur enfance 2 choix : soit une mère "mécanique" avec de la nourriture soit une vraie mère sans nourriture.
Leur choix était invariablement porté vers la vraie mère sans nourriture.
Les singes ayant grandi sans mère ont grandi physiquement mais pas émotionnellement.
En tant qu'adulte, ils ont des difficultés dans la compréhension des repères sociaux des autres singes, rencontrent des signes de dépression, sont auto-destructeurs, ont peu de capacité de résolution de problèmes et ont des problèmes de connexion avec les autres.

Des observations similaires ont été faites chez les humains : les enfants ne se sentant pas attachés avec sécurité ont tendance à être dépressifs, anxieux, auto-destructeurs et isolés émotionnellement en tant qu'adulte.

On comprend facilement qu'ils ont plus de probabilité d'affronter l'addiction que ce soit en tant qu'addict ou conjoint.

L'attachement sécurisé : caractéristiques et bénéfices

En règle générale, les meilleurs parents sont ceux qui sont responsables seulement des besoins uniques de l'enfant, lui fournissant une régulation émotionnelle, supportant le développement de son estime de soi, bâtissant une base sécurisée à partir de laquelle l'enfant peut confortablement s'éloigner, errer, explorer et apprendre au sujet de la vie.
Tout en sachant que l'enfant pour retrouver de la sécurité et du réconfort quand il retournera à la base sécurisée.

Au début de la vie, l'enfant s'éloigne brièvement de sa base, puis en grandissant il explore plus souvent et plus longtemps. Au fil du temps, il sait s'auto-réguler émotionnellement et a appris à faire confiance aux autres et en lui-même.
Il a appris qu'un comportement sain de ses parents étaient la norme et qu'il pourra compter dessus dès qu'il en aura besoin.

Au contraire, si les parents sont absents, négligents, anxieux, intrusifs, mentalement malades, dominants (ou quelque comportement peu fiable en termes de construction d'une base sécurisée), l'enfant ne va pas s'orienter vers la sécurité mais vers le danger / menace.
L'enfant se sentira anxieux à propos de lui-même et des autres.

Un enfant qui n'a pas eu ce fonctionnement d'attachement sécurisé va lutter contre l'insécurité en :
  • se tournant vers des substances / comportements pour éviter l'inconfort émotionnel.
  • s'attachant à des personnes qui ne peuvent pas remplir ce sentiment de sécurité.
  • comptant sur les autres pour l'estime de soi plutôt que sur lui-même.
  • sur-contrôlant les autres et l'environnement.
  • échouant à faire confiance aux autres (=être vulnérable et laisser les personnes rentrer dans son intimité), même quand la confiance est méritée et nécessaire.
  • s'isolant physiquement et émotionnellement, des fois en conjonction d'une addiction ou d'un désordre psychologique (dépression, anxiété).

Notre besoin d'amour / attachement évolue en tant qu'adulte mais ne disparait pas.

Attachement sécurisé VS attachement non sécurisé

Les gens s'attachent aux autres de différentes façons :
  • avec sécurité ou insécurité
  • cet attachement se développe très tôt dans la petite enfance (< 2 ans)
  • notre style d'attachement a tendance à être stable dans notre vie

Cependant, il est possible de s'attacher avec sécurité grâce à des efforts que ce soit en thérapie ou dans l'exercice de relations humaines mutuellement empathiques et aidantes.
Pour cela, les personnes avec un déficit d'attachement sécurisé doivent risquer le rejet, l'abandon et se mettre en position de vulnérabilité.
Le psychologue Stan Tatkin écrivait (5) "Si on se sent en insécurité dans les relations très intimes, il n'y a pas moyen de se sentir plus en sécurité tout seul."

Pour dépasser nos peurs d'attachement, nous devons faire face à nos peurs et nous attacher.
Le problème est que la société voit la vulnérabilité et la dépendance comme indésirables et signes de caractère de nécessiteux et de personne faible.

Société VS dépendance

Nous grandissons dans une société qui nous apprend que notre succès / bonheur dépend de nous-mêmes et de personne d'autre alors que la recherche indique le contraire.

Exemples d'études :
  • un sentiment de solitude qui perdure peut faire augmenter la pression sanguine jusqu'à provoquer un risque 2 fois plus élevé d'attaque cardiaque et d'AVC (6).
  • la détresse dans une relation interpersonnelle augmente le risque de problème au coeur (7) et de problèmes dans les systèmes hormonaux et immunes (8).
  • L'isolation sociale et la détresse relationnelle ont été reliées à l'apparition de rhume (9) et réduit les chances de survie lors d'une catastrophe naturelle (10).

La recherche montre le lien indéniable entre un manque de connexions saines et un bien-être diminué.
Avec un sentiment de sécurité affective, nous sommes plus confiants, prenons plus de risques sains, avons plus tendance à explorer et prendre avantages des opportunités de la vie(11).



Références :
1L'auteur cite une dizaine d'études dont :
Loneliness is a unique predictor of age-related differences in systolic blood pressure. Psychology and Aging (2006)
Socially isolated children 20 years later : risk of cardiovascular disease. Archives of Pediatrics & Adolescence Medecine (2006)
Women, loniless, and incident coronary heart disease (2009)
Loneliness predicts increased blood presure : 5-year cross-lagged analyses in middle-aged and older adults (2010)
2 Vaillant, G.E (2008). Aging well : Surprising guideposts to a happier life form the landmark study of adult development.
Johnson, S. (2008) Hold me tight : Seven conversations for a lifetime of love, p. 26
3Plusieurs études dont:
Prognostic importance of marital quality for survival of congestive heart failure (2001)
Loniless, health, and moratily in old age : A national longitudinal study (2012)
Social relationships and mortailty risk : a meta-analytic review (2010)
Loneliness in older persons : a predictor of functional decline and death (2012)
4The nature of love American psychology (1958)
5Wired for love : how understanding your partner's brain and attachment style can help you defuse conflict and build a secure relationship (2012)
6Loneliness is a unique predictor of age-related differences in systolic blood pressure (2006)
7Prognostic importance of marital quality for survival of congestive heart failure (2001)
8Marital conflict and endocrine function : Are men really more physiologically affected than women ? (1996)
9Social relationships and susceptibility to the common cold (2001)
Social ties and susceptibility to the common cold (1997)
10Planning for and responding to special needs of elders in natural disasters (2007)
Heat-related deaths during the July 1995 heat wave in Chicago (1996)
11The dependency paradow in close relationsships : Accepting dependence promotes independence (2007)